Avantages de la monarchie

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Si l'on compare les vices d'une assemblée aux vices d'un prince héréditaire, ou les vertus d'une assemblée aux vertus d'un roi, on s'aperçoit que les effets réels de la destruction dans les premiers cas, de la construction dans les seconds, sont extrêmement différents. L'institution royale pallie ou combat les effets du mal, quand l'institution républicaine les seconde et les multiplie.

 

De même, la Monarchie donne à la vertu des personnes royales un concours actif permanent, au lieu que la démocratie lasse, désespère et épuise ou corrompt fatalement ses meilleurs serviteurs.

 

Telle est, au juste, notre doctrine.

 

Mais elle ne peut nous empêcher de citer au passage de spirituelles et suggestives curiosités, dans lesquelles une forte part de vérité historique peut se rencontrer au surplus : car, s'il paraît que Louis XI fut parfois méchant homme, quelques-uns de ses défauts privés lui furent un stimulant à bien remplir sa fonction de roi, et les peuples ont profité de très réels bienfaits qui n'étaient pas dus à la générosité de son coeur. Qu'y faire  ?; C'est d'en haut, de très haut que l'on voit se réaliser l'accord complet de tous les ordres, le politique, le social, l'intellectuel, le moral, et que, selon le mot de Vogelsang, «  l'histoire du monde est le juge du monde  ».

 

Du coin du sol où nous voici, nous ne pouvons pas supprimer les complexités de la nature et de la société. Napoléon III fut bonhomme, au point d'en être criminel : nous lui dûmes la perte de l'Alsace et de la Lorraine. Louis XV, négligent, dépravé (moins qu'on ne dit pourtant) vit (sous la Pompadour) qu'il fallait opérer le renversement des alliances; il avait réuni la Lorraine à l'héritage de ses aïeux : il savait son métier de roi, bien qu'il l'eût trop peu exercé.

 

Certainement, les vices de Louis XV ont nui à l'État. Certainement aussi, malgré ses vices, le nom de Louis XV peut et doit être prononcé parmi les princes qui ont servi la cause de la Patrie.

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Corruptible en tant qu'homme, le roi a, comme roi, un avantage immédiat et sensible à ne pas être corrompu, sa règle de sensibilité est de se montrer insensible à tout ce qui n'affecte que les particuliers, son genre d'intérêt est d'être naturellement détaché des intérêts qui sollicitent au-dessous de lui tous les autres : cet intérêt est de s'en rendre indépendant.

 

Il peut le méconnaître, il peut l'oublier.

 

Un esprit médiocre, un caractère faible l'exposent à l'erreur et à la méprise. Il n'importe pourtant  ! Sa valeur humaine est incomparablement supérieure à celle d'une résultante mécanique, à l'expression d'un total ou d'une différence arithmétique.

 

Quoi que vaillent son caractère ou son esprit, il est un caractère, un esprit, c'est une conscience, un coeur, une chair d'homme, et sa décision représentera de l'humanité, au lieu que le vote 5 contre 2 ou 4 contre 3 représente le conflit de 5 ou de 4 forces contre 2 ou 3 autres forces.

 

Les forces peuvent être, en elles-mêmes, pensantes, le vote qui les exprime ne pense pas; par lui-même, il n'est pas une décision, un jugement, un acte cohérent et motivé tel que le développe et l'incarne le pouvoir d'une autorité personnelle, consciente, nominative, responsable.

 

Ce pouvoir juge en qualité. Il apprécie les témoignages au lieu de compter les témoins. Ayant intérêt à savoir la vérité afin de rendre la justice, il encourage les uns, rassure les autres, et parfois n'en écoute qu'un si un seul lui paraît digne d'être écouté.

 

S'il y a lieu, il le défend contre les embûches et les tentations des puissants. Ce discernement exquis des valeurs intellectuelles et morales diffère, comme le jour de la nuit, du procédé électoral, aveugle et grossier, qui est propre aux démocraties.

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Les minorités, les régences forment la plaie des monarchies. Là est le défaut de ce mode gouvernemental qui n'est pas parfait, nul gouvernement ne l'étant, mais qui est le moins imparfait de tous.

 

Néanmoins, le défaut peut être atténué par une bonne loi de succession (la loi de la Maison de France, par exemple), par l'esprit politique de la race régnante et aussi par la volonté, par le patriotisme, par la raison des citoyens, auxquels on demande, une fois ou deux chaque siècle, un effort particulier de sagesse, sagement limité à quelques années.

 

Les pauvres républicains démocrates qui espèrent éviter ce fléau en proclamant la République ressemblent à Gribouille qui se noie dans la mer pour éviter d'être mouillé par l'eau du ciel : car proclamer la République, c'est précisément établir à demeure le mal qu'ils voudraient éloigner. C'est ériger en institution permanente un moment de danger et de crise. En un mot, c'est rendre la Minorité perpétuelle et offrir la Régence à l'universelle compétition  !

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Nous espérons qu'on ne nous opposera point de sornettes sur le hasard de la naissance. Comme si l'élection n'avait point ses hasards  ! Comme si ces derniers hasards n'étaient point pires que les premiers  ! On élève un Dauphin en vue du trône; on ne fait pas l'éducation d'un président à la présidence de la République. Jamais d'ailleurs, ni en aucun pays, non point même chez les tribus les plus sauvages, le hasard naturel de l'hérédité n'éleva sur le trône une succession de médiocrités comparable à certaine série de nos présidents : Carnot-Périer-Faure-Loubet, par exemple  !

 

Ce quadruple néant fut porté au fauteuil présidentiel par le «  choix  », oui le choix, de deux assemblées unies en Congrès solennel.

 

D'après un sentiment naturel de prévoyance domestique (qui peut manquer une fois mais qui se retrouve neuf fois sur dix), le chef héréditaire ne jouera point facilement l'avenir de sa dynastie et dans tous ses calculs appellera la prudence et la réflexion.

 

Ces vertus vraiment paternelles, propres aux chefs de familles ont précisément distingué la Maison Capétienne dans l'oeuvre, de constitution de la France.

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Nous avons cent fois démontré quelle immense garantie de modération, quel lumineux souci de l'avenir apportait l'hérédité à la royauté. Nous avons fait toucher du doigt à tout lecteur attentif combien la dictature élective ( fût-elle géniale, celle de Napoléon) était forcément plus autocrate que la magistrature royale héréditaire. Mais les lecteurs distraits n'étaient pas obligés de s'arrêter à la vérité, ni de se rendre à elle, ni même de la connaître.

 

Or, voici que le fait du président Woodrow Wilson fait converger de ce côté un faisceau de belle lumière.

 

Quand il se portait bien, le président élu Wilson se montrait le tyran de l'Europe et de l'Amérique. Depuis qu'il fut malade, le président Wilson paralysa son pays et le nôtre.

 

On nous disait : «  Et le mauvais roi  ! Et le roi fou  ! Et le roi malade  ! Que faites-vous, que ferez-vous quand un homme ainsi revêtu de tous les pouvoirs sera frappé en quelque point de sa faiblesse humaine, soit au moral, soit au physique...  ».

 

... Bainville a déjà répondu à cet amateur d'objections sans valeur :

 

- Eh  ! mais, nous aurons là une situation républicaine.

 

Cela est trop spirituel, quoique profondément juste, pour empêcher les têtes faibles de broncher devant l'objection.

 

La maladie du chef est, en effet, un risque de la Monarchie. Mais manque-t-il à la République  ?; Sans doute, si le chef lui manque  ! Les décapités n'ont jamais mal à la tête. Dès que le chef existe, il est homme, il est vulnérable. Et puis après  ?;

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Eh  ! dans la maladie d'un chef héréditaire, la Maison royale est rangée autour de l'héritier présomptif, ce dernier est déjà saisi du grand intérêt matériel et moral qui l'associe personnellement à l'intérêt de la nation. Le champ n'est pas ouvert aux convoitises successorales. L'ordre est réglé, les responsabilités sont définies.

 

Si un homme décline, conformément à la destinée essentielle des hommes, rien ne disparaît de l'autorité impersonnelle nécessaire à la poursuite des affaires, à la continuité des desseins. Le pays n'est pas frustré de sa mémoire ni de sa prévoyance. À l'organe malade, se substitue de lui-même un organe neuf.

 

Avec les différences de degrés, les hauts et les bas inséparables des changements de nature, il y a permanence, il y a unité dans le Temps : la plus précieuse et la plus utile des fonctions nécessaires aux collectivités.

 

l'État dure, parce que le roi dure à travers les personnages royaux. Il n'existe pas de garantie à mettre en balance avec celle-là.

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