Le bienfait de l'hérédité monarchique

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L'hérédité souveraine est un bien en soi : sans égard à la personne de l'héritier, cette façon de succéder anéantit la querelle, fonde la paix, maintient uni ce que disperse la compétition; la plus simple de toutes, elle roule toute seule, comme dit Bossuet, et, suivant l'observation d'Auguste Comte, elle transmet l'autorité comme la propriété. N'étant pas plus injuste que les autres biens de fortune tels que la richesse ou le talent, elle est moins dangereuse que d'autres dons naturels parce que sa nature conservatrice, prévoyante, est imprégnée d'un puissant esprit d'avenir.

 

Pas un de ces risques qui ne soit inférieur au risque égalitaire-démocratique. L'hérédité souveraine reçoit normalement des correctifs et des additions que la démocratie ne reçoit qu'anormalement. On parle toujours de l'éducation du peuple souverain, mais on ne la fait pas. Répétons-le : on fait l'éducation du prince.

 

L'héritier, qui vaut ce qu'il vaut, peut en venir à valoir exceptionnellement mieux par l'effet naturel d'une préparation exceptionnelle. Mais, avant de la recevoir, il réunit déjà plus de chances qu'un autre de devenir un homme supérieur et de rendre des services hors ligne.

 

Ce cas privilégié est un cas fréquent, l'intérêt public en bénéficie encore.

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Il y a plus. Dans notre France, si l'on parle de la famille des rois, l'hérédité monarchique ne peut pas être envisagée comme le seul effet heureux d'un très beau schéma de mécanique politique : aux vues critiques et aux déductions logiques, se mêlent d'autres éléments qui touchent à la vie du coeur du pays.

 

Les Français ne seraient pas hommes, affectueux et raisonnables, si la race royale qui a fait leur nation ne recevait point d'eux le culte d'estime et d'amour qu'un si grand bienfait leur impose.

 

Un lien moral de filiation unit la France à la série des chefs fondateurs qu'il faut bien appeler Pères de la Patrie.

 

De leur création poursuivie sciemment ou instinctivement, mais avec une fidélité inflexible, jaillit en nous l'image d'une volonté bienveillante, disons d'une bonté que l'histoire ne dément pas. Chez les plus personnels des Princes, l'égoïsme peut alléguer, presque dans tous les cas ( comme palliatif, justification, ou excuse) la raison sympathique, la raison légitime du grand dessein territorial et national dans lequel chacun de nous retrouve sa place et sa part.

 

Cette liaison de chair et d'esprit n'étant pas contestable, le signe de la paternité étant le premier de tous, il n'est rien qui puisse être égalé au bonheur dont les Français sont redevables aux rassembleurs de leur pays.

 

Ce lien s'affermit par le souvenir de tant d'aventures courues depuis 1789; de destructions souffertes depuis 1830; de dépressions subies depuis 1848; bref, depuis que fut transgressé l'axiome aristotélicien qui veut que les choses ne soient bien maintenues que par les causes qui les formèrent.

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La Révolution libérale et démocratique avait promis beaucoup mieux que la Royauté, et l'on a eu beaucoup moins bien. Les idées au nom desquelles le progrès était annoncé se trouvaient être des idées fausses, on le sait, mais il faut savoir que les sentiments et les jugements dont nos prétendus «  tyrans  » furent l'objet, furent également des erreurs, des fautes ou des crimes.

 

Quand donc l'élite du peuple français éprouve la nécessité d'être gouverné par un seul, nous devons lui apprendre pourquoi et comment cet élan d'aspiration monarchique s'adresse, au fond, à notre royauté fondatrice et conservatrice. Cette institution excellente par elle-même est consubstantielle à l'histoire de notre État, de notre Nation, de notre Esprit : ses forces convergentes correspondent si bien aux nôtres qu'avec le temps qui passe, ce qui fut perdu à la perdre menace de devenir presque aussi important que ce que nous avions gagné à la posséder : l'unité ! la durée ! l'existence même.

 

On ne peut sortir que par elle d'un désordre déjà séculaire. Bien qu'elle soit la seule forme d'unité de commandement qui exclue toutes les diverses formes, même spécieuses, du mal qui nous mine et nous tue, elle n'exclut cependant rien des nouvelles habitudes d'esprit, personnelles et collectives, qui ne tiennent pas à l'essence du mal : elle peut employer toutes les volontés nationales sans leur accorder une pernicieuse souveraineté, elle peut faire appel à toutes les puissances de sentiment sans les débiliter les unes et les autres, ELLE PEUT ÊTRE IMMENSÉMENT POPULAIRE SANS RIEN AVOIR DE DÉMOCRATIQUE .

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L'institution royale est à nous, sans cesser d'être quelque chose de plus et de mieux que nous : résumant notre histoire y compris nos fautes autant que nos gloires, elle est aussi notre Loi et notre Droit, dans leur pureté.

 

La race des Bourbons-Orléans appelée au trône, ayant participé à l'erreur des révolutions, NE PEUT TENIR AUCUN FRANÇAIS POUR SON ENNEMI HÉRÉDITAIRE et cependant nulle autre qu'elle ne peut PRÉTENDRE AU TRÔNE DES LYS .

 

Erreurs historiques communes à tous les Français, légitimité juridique absolument sûre, la rencontre de ce double caractère fait certainement le plus clair de tous les signes de vocation connus et enregistrés par l'histoire.

 

A la base de toutes les dynasties, grandes ou petites, illustres ou obscures, il y a la valeur personnelle des fondateurs : vigueur, audace, intelligence, activité, générosité, puissance d'expansion et de ralliement.

 

Mais ce n'est point à un homme, c'est à une famille, à une lignée, que les royalistes veulent remettre le destin des familles françaises. Le système dynastique a justement pour résultat d'éloigner les «  risques  » particuliers au gouvernement d'un seul, qui, ainsi corrigé, constitue non pas seulement le meilleur des régimes possibles pour la France moderne, mais encore le seul qui, empiriquement et logiquement, nous convienne.

 

Le système dynastique comporte des inconvénients et des accidents comme tous les organes naturels de la vie des sociétés. On ne possède pas deux yeux sans être exposé par là même au strabisme et à la myopie, ce qui est très fâcheux sans doute. Mais il est encore plus fâcheux de n'avoir pas d'yeux du tout et de ne pas y voir.

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La monarchie héréditaire ne se «  fonde  » pas le moins du monde sur la transmission atavique d'une faculté, mais sur le grand intérêt national qu'il y a d'abord à transmettre ainsi la souveraineté, par voie héréditaire, comme la propriété.

 

Il reste vrai que, en fait, la plupart du temps, par suite du fonctionnement de ce régime, les principales attitudes du commandement se transmettent régulièrement, mais il peut arriver que cela ne se produise pas et l'État peut en souffrir des dommages certains : la somme de ces dommages est infiniment moindre que la somme des risques auxquels est exposé l'État, quand la transmission du pouvoir ne bénéficie pas des garanties, des commodités et de tous les autres bienfaits de l'hérédité, mais les hasards et les malheurs, les querelles certaines et les compétitions fatales de l'élection.

 

Observez simplement que, réduite à ses termes bruts et abstraction faite du choix de la race, de sa désignation historique et de l'éducation du prince, l'hérédité monarchique donne à l'intelligence un spectacle satisfaisant :

 

Le monarque qui meurt ou qui abdique fait place à un successeur qui représente une nouveauté et une espérance.

 

Les éléments de l'avenir, tels que les fournit la génération nouvelle, se sont groupés autour de lui. Le passé paternel lui confère des droits, sans l'enchaîner aux fautes, aux erreurs, aux revers.

 

C'est une aurore qui s'éveille, c'est une jeunesse qui brille, un personnel nouveau et des idées nouvelles qui se font jour pour reverdir sur le vieux tronc.

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Si l'on veut nier la continuité dynastique des Capétiens, comment expliquer la formation territoriale de la France  ?;

 

Tout bon Français, tout Français natif, bien instruit aux lettres françaises et connaissant le son du vocabulaire français, saute de fureur et d'effarement à l'idée du règne étranger. Cela, nous l'avons dans le sang. Nous sommes restés tels qu'au temps de Philippe de Valois ou, cent ans plus tard, de Jeanne d'Arc. Nous savons tous, confusément ou non, que la nation française est la seule grande nation de l'Europe qui s'enorgueillisse d'avoir tiré sa race de rois des entrailles de son terroir et de sa population. Au lieu que Vienne, Londres, Berlin, Pétersbourg, Madrid, Rome sont régis par des étrangers, le chêne capétien a pris racine dans la campagne de Paris. L'idée d'aller chercher un roi en Europe ne vient pas au Français lettré et honnête homme. Son Roi, il lui arrive tout fait des profondeurs de l'histoire de France, et la plus haute majesté du droit historique français vient proprement de ce que le Roi de France, que l'on reconnaît et que l'on acclame, n'est pas un roi que l'on choisit.

 

C'est par ce trait particulier que nos Rois apparaissent dans toute leur histoire éminemment supérieurs aux compétitions des partis.

 

L'antique podestat, étranger à la commune italienne, appelé du dehors pour la pacifier, départageait à quelque degré les factions.

 

Les derniers rois forgés au XIXe siècle et au début du XXe, depuis Othon de Bavière ou Georges de Danemark, appelés en Grèce, jusqu'à Haakon de Danemark, appelé en Norvège, accomplissent une fonction analogue, avec l'éclat supérieur qu'ils empruntent à la dignité d'un sang impérial ou royal.

 

Et c'est à peu près ainsi, quand ce n'est pas la conquête, que s'établirent plus anciennement les dynasties qui gouvernent les grands pays de l'Europe : ce sont des gendarmes requis par nécessité. Seul, le Roi de France peut dire à toutes les dissidences de la nation française qu'il vient les apaiser pour l'amour de l'antique unité héritée et au nom du droit que possèdent les Français futurs sur l'intégrité de leur héritage.

 

Le Roi de France montre ainsi l'éternel et vivant visage de la patrie.

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